Découvrez maintenant les cours que j’ai écrit pour les élèves de notre atelier : composition, couleur, perspective, la tête, les mains, initiation a la peinture, au dessin, portrait et photographie sont les gros dossiers développés ici.

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Cours sur la composition ou comprendre l’abstraction géométrique.

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Cours sur la Composition Et comprendre l’abstraction géométrique</sc>

La composition est une des premières étapes de la création. Elle définira la force de l’œuvre et détermine son point de vue, son cadrage, sa mise en page. Avant tout, composer c’est choisir, choisir ses éléments, ce que l’on regarde, d’où je regarde et comment je l’introduis dans mon format. Soit la composition s’offre d’elle-même, quitte à se déplacer de quelques pas et l’artiste n’a qu’à mettre en page ce que la nature lui propose (un paysage par exemple). Nous trouvons d’ailleurs beau un paysage quand la nature nous offre d’elle-même une composition intéressante, souvent selon la loi du nombre d’or, nous l’étudierons plus loin. Soit l’artiste dispose, met en scène et cadre par lui-même (une nature morte par exemple). Tout l’enjeu d’une œuvre réussie réside ainsi dans sa composition. Il s’agit de ses fondations. Cette construction se fait elle de façon instinctive ? Est-elle subjective ? Existe-t-il des lois qui la régissent ? L’histoire de l’art nous montre plusieurs cas. En effet la composition peut être propre à l’intention de l’artiste et est dans ce cas évidente et analysable, mais il arrive que l’artiste, par inspiration ou ignorance, construise son œuvre sans intention particulière sur sa composition. Le recul du temps ou le génie de l’artiste révèle après coup, la plupart du temps, une composition établie. Que ce soit par les artistes ou les mathématiciens, l’organisation d’un espace dans un cadre donné est aujourd’hui façonnée par des règles. C’est ce que nous allons voir dans ce cours.

Qu’est ce que composer ?

Selon la définition de Platon, composer c’est : « trouver et représenter la variété dans l’unité ». J’ajouterai pour le peintre : « en vue de provoquer une émotion, une ambiance et d’aller droit vers le sujet ». L’agencement doit se faire de façon à être expressif : doux, violent, tempétueux, tourbillonnant, farfelu, statique, dynamique… Ainsi composer c’est distribuer, repartir les masses colorées, les formes dans un cadre défini. Composer c’est comme placer des acteurs sur une scène. Il faut savoir repartir et occuper tout l’espace de la scène en pensant au dialogue qui va intervenir entre les comédiens. Chacun a sa personnalité propre qui influence intimement son partenaire. La nature morte constitue un sujet idéal pour s’exercer à divers composition et se familiariser avec ses règles. Amusez vous avec 3 pommes, 1 carafe, 2 couteaux etc. à varier leur emplacement pour voir ce « qui fonctionne » le mieux. Il faut alors penser à l’harmonie de la partie et du tout. Il faut décrire sans étouffer, ne pas disperser, ni déconcentrer l’attention sur le sujet. Le but étant de guider le regard et lui donner une direction de ce qui est à voir. Sachez que pour nous, occidentaux, nous lisons instinctivement une image d’en bas à gauche vers en haut à droite. Avec quoi compose t-on ?

  • Les éléments (les pommes d’une nature morte par exemple ou la silhouette globale d’une personne…)
  • Les masses colorées (surfaces colorées posées sur la toile)
  • La lumière (chemin des valeurs les plus claires et les plus foncées) Apparaitrons alors d’elle-même les lignes de force.

Faire une esquisse et trouver la composition d’une œuvre sont deux étapes qui souvent s’apparentent. Ainsi n’oubliez pas la formule de Cézanne, ce qu’il écrivit à Emile Bernard le 15 avril 1906 : « traitez la nature d’après le cube, la sphère et le cylindre, le tout en perspective correcte ». Cela veut dire que trouver l’essentiel des formes revient à trouver les formes pures et simples que sont le cercle, le carré etc. qui composent un élément et l’ensemble de la toile également. Composer c’est esquisser en assimilant son format. Agencer ainsi les formes (carré, triangles…) et les lignes (courbes, diagonales et toutes oblique, horizontales, verticales) pour trouver l’essentiel de votre image.

Quelques conseils basiques :

  • Eviter de centrer votre sujet (sauf par volonté ou pourquoi pas pour un format carré).
  • Préférer les nombres impairs dans les éléments à composer, comme pour les compositions florales.
  • Pour simplifier le nombre d’or, on peut découper toutes lignes ou surfaces selon ces rapports : 1/3, 2/3 ou 2/5, 3/5. Ce rapport du nombre d’or offre aux éléments similitude en même temps que contraste et équilibre naturel.
  • N’oubliez pas que composer c’est l’antidétail. Il faut toujours penser au général (clignez des yeux pour faire apparaitre l’essentiel de la composition).
  • Pensez Positif/négatif. N’oubliez pas que le vide a autant d’importance que le plein. Quand vous observez une forme, repérez également sa contreforme.
  • Pensez à introduire une amorce. Une amorce est un premier plan coupé, qui sort du cadre mais qui invite l’œil à se diriger vers l’intérieur du tableau, par exemple un feuillage, un arbre, une silhouette… Elle a aussi pour effet d’impliquer le spectateur dans la scène.
  • Créer des chemins par les valeurs ou les couleurs pour faire circuler le regard. N’oubliez pas le principe que l’œil appelle le même au même, cf. schéma ci-dessous. Il se crée alors des « ponts » pour le regard. Ce principe offre légèreté et finesse.
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Observez comment dans le premier schéma ci-dessus la masse bleue semble traverser le cadre de gauche à droite quand sur le second elle est profondément statique et ancrée.

  • Apprenez à repérer les découpes des différents plans et à gérer leur superposition.

Observez le schéma ci-dessous. Celui de gauche offre une dynamique par la diagonale crée entre le jaune et le bleu de valeur différentes, l’autre montre plutôt un carré car les deux couleurs de même valeurs s’associent :

N’oubliez pas que l’œil recrée de lui-même certaines formes connues comme le montre le célèbre schéma ci-dessous :

De l’importance de la place et de la direction des couleurs sur une toile. Que du bleu soit en haut, en bas, à gauche ou à droite, chaque fois il a un effet différent. Le bleu est lourd en bas, en haut il a un effet léger, aérien. Le rouge sombre a en haut un effet pesant, menaçant de lourdeur, en bas de calme et de spontanéité. Le jaune, en haut, a un effet léger et volage, en bas il se rebelle et se trouve emprisonné…

Le rythme

L’agencement des formes, des couleurs et de la lumière doit créer un balancement. C’est ce balancement qui créera le rythme comme en musique l’alternance des blanches, noires, silence… Les éléments que la loi d’équilibre répartit avec bonheur autour du centre ont entre eux des rapports harmonieux, non seulement entre semblables (accord des semblables), mais aussi entre contraire (analogie des contraires). Cette dernière locution signifie que les valeurs, les couleurs, les formes doivent avoir un coté commun avec celles auxquelles elles s’opposent, ainsi se maintient l’unité de l’œuvre. Cet accord des semblables conjugué avec l’analogie des contraires et qui règne dans tout le tableau, en même temps qu’il réalise l’unité et l’équilibre dans la diversité, fait naître le rythme. Dans son sens le plus dépouillé, le rythme est la répétition de deux temps inégaux. Tout est rythme dans la nature : le jour et la nuit, l’hiver et l’été, les marées et chez l’homme, la pulsion cardiaque, les mouvements respiratoires : le rythme incorpore l’homme dans l’univers. La musique, la danse, la poésie sont des émanations du rythme : la peinture ne peut s’y dérober. C’est par la répétition des alternances de valeurs, couleurs ou formes qu’elle obéit à la loi universelle. Le tableau ne sera donc pas statique, mais dynamique et c’est par le rythme (dont l’essence réside dans la répétition conjuguée d’éléments semblables ou contrastés) qu’il évoquera le mouvement et la vie.

L’expression par les formes.

Comme les couleurs, les formes expriment par leur essence, un ressenti. Chaque forme a son caractère. Il existe diverses possibilités d’affirmer la direction dans l’espace de la toile, horizontalement, verticalement, en diagonale et en cercle ou en combinaison de tous cela. Chacune de ces directions a son expression individuelle.

  • Le triangle et l’oblique, tous leurs dérivées, zigzag, trapèze, flèche, diagonale… sont dynamiques, actives. Elles dirigent le regard comme une flèche. Elles peuvent aussi resserrer et étrangler.
  • Le carrée et l’horizontale, tous leurs dérivés, assoient, posent le sujet dans un monde très terre à terre. La ligne d’horizon, le bord d’une table par exemple. L’effet est souvent monotone, tranquille ou reposant.
  • La verticale élève et est le symbole de l’activité humaine, les maisons ou gratte ciel par exemple. Dans sa symbolique elle est l’union entre le monde terrestre et le monde céleste. Elle est donc plutôt positive.
  • Le cercle et les courbes donne évidemment du mouvement, ne repose pas le regard et fait tourner, tourbillonner. Elles sont plus poétiques et légères qu’une diagonale.

Les combinaisons de ces directions sont infinies. Notons par ailleurs que là ou l’horizontale et la verticale se coupent nait un fort accent. Les deux directions agissent en surface et engendrent, utilisées simultanément, un sentiment d’équilibre, de solidité et de résistance matérielle.

Sachez qu’en règle générale, la renaissance aime les compositions carrés et triangulaires. Toutes les vierges à l’enfant offre un tel type de composition, la symbolique de l’élévation prend alors ici tous son sens. Le baroque aime les courbes et les mouvements brisés. Le Romantisme use allègrement des courbes quand le classicisme préfère le rectangle, l’horizontale et la symétrie. On observe aussi à toutes les époques un rapport d’1/3, 2/3 entre les parties claires d’un tableau et les parties sombres. Le XXème siècle comme à son habitude, s’éclate dans tous les sens par la diversité. Cependant « les modernes » ont tout remis en question, tout bousculé, sauf les lois de la composition (dans les arts graphiques en tout cas).

Le nombre d’or ou divine proportion.

Il existe également une loi de composition calqué sur le modèle de la nature. C’est par les mathématiques que le concept s’est développé et cela dès l’antiquité. Il existe en effet une équation du beau. C’est ce que l’on appelle le nombre d’or. C’est un rapport de proportions qui provoque un effet d’harmonie et de beauté par son essence et peut être parce qu’elle se rapproche des rapports de proportions de notre propre corps. On le retrouve souvent dans la nature. Les mathématiciens l’ont établi en équation que l’artiste peut utiliser pour sa création. Ainsi cette notion fascinante réunit la géométrie, la philosophie, l’architecture, les arts plastiques, l’esthétique et l’étude de la nature. Selon l’axiome formulé par l’architecte Vitruve (né en 88 avant J-C) : « pour qu’un tout, partagé en parties inégales, paraisse beau, il doit y avoir, entre la petite partie et la grande, le même rapport qu’entre la grande et le tout ». Cependant il faut se garder de considérer cette loi du nombre d’or comme une fin en soi. C’est un moyen éprouvé de parvenir à l’unité, sans doute, mais ce n’est qu’un moyen. Prenons garde aux recettes qui brident l’artiste et le fixent dans un procédé immuable. L’originalité, la personnalité ont besoin de liberté pour se manifester. Et puis, les sujets eux même, déjà, en raison de leur infinie diversité, ne peuvent être enfermés dans des cadres identiques, soumis étroitement, tyranniquement, à un concept unique. Vouloir pousser trop loin son utilisation, dans tout les cas, entraînerait l’artiste à une complexité froidement mathématique et proprement monotone. Nicolas Poussin est pour moi l’exemple même de ce trop plein de lois dans la création.

 

 
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